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damouredo.com Carré

8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 09:24

Qu’est ce que veulent les femmes ? Telle est la question faite par plusieurs journaux, à propos des discussions qui ont lieu dans des réunions publiques autorisées et non autorisées au sujet de l’émancipation féminine.

Qu’est-ce que veulent les femmes ? Le voici, rien de plus simple. Elles veulent tout ce que tous les opprimés, les assujettis ont voulu depuis le commencement des sociétés : leur juste part de droit et de liberté.

Il est dans la nature de tout être humain de rechercher les conditions les plus défavorables à son développement physique et moral. Or, la liberté est la condition indispensable à l’extension de l’individu ; grâce à cette liberté, il exerce ses facultés, et, les exerçant, il les juge. On ne lui impose plus alors une fonction sociale, il la choisit.

La liberté n’est pas faite pour une fraction de l’humanité, elle est destinée à l’humanité toute entière. Lorsqu’elle n’appartient qu’à un groupe, elle devient privilège, exploitation, licence, injustice. Et l’on est en droit de dire que tout l’intérêt de l’histoire n’est pas dans les batailles, les conquêtes, les traités, mais bien dans cette gravitation pénible et incessante des peuples vers la liberté. Si la liberté jouit d’un tel prestige, ce n’est pas seulement à cause des avantages qu’elle procure à l’individu en augmentant sa dignité ; c’est surtout parce qu’en le faisant indépendant, elle le rend responsable ; c’est parce qu’en le laissant aux prises avec sa volonté, elle le met en demeure de bien faire.

Les femmes ne sont pas opprimées comme elles le prétendent, exclament certaines gens. La loi n’est pas marâtre envers elles et les hommes ne sont ni des tyrans, ni des ogres. Il existe beaucoup de maris bénins, moins disposés à dominer qu’à se laisser conduire.

Je reconnais qu’il y a de très bons maris. Mais sous le régime de la royauté absolue, il s’est aussi rencontré de très bons princes. Pour parler franc, le nombre en a toujours été fort restreint. Quand régnait le système féodal, il se trouvait ça et là quelques seigneurs pleins de mansuétude pour leurs vassaux. Qu’est ce que cela prouve ?

Ces princes, ces seigneurs modèles ne faisaient toujours que suivre la loi du bon plaisir ; le lendemain, ils pouvaient renoncer à la complaisance et retourner à la rigueur. Il en est de même du mari ; alors qu’il concède, il reste toujours le maître : il est libre de changer d’humeur le jour où il lui plaira.

Les peuples ne trouvant nulle garantie dans la générosité des chefs ont voulu leur droit ; c’est ce que veulent les femmes.

Elles s’y prennent bien tard, observe t-on ; et si leur infériorité sociale a duré si longtemps, pour quelle raison ne durerait – elle pas davantage ? Aucune progression n’est immédiate ; le mot le dit : voici plus de six mille ans que les peuples combattent, luttent, discutent pour acquérir la liberté, et néanmoins il reste beaucoup à faire.

Seulement, le jour où les traditions ont été ébranlées, le jour où l’examen est intervenu et les a appréciées à leur juste valeur, ce jour-là, les peuples ont mis en doute la légitimité de ce pouvoir absolu des princes. Ils ont regardé de travers ces soi-disant lieutenants de Dieu et ils ont cessé de croire qu’ils étaient définitivement nés pour l’obéissance et la servitude. Eh bien, ce qui s’est passé pour les peuples, se passe en ce moment-ci pour les femmes.

Une fois les traditions suspectées, la femme se révolte contre le joug. En vertu de sa foi, elle acceptait le châtiment d’une faute que, certes, elle ne se souvenait guère d’avoir commise ; elle se croyait coupable, mais non incapable ; elle se résignait à l’assujettissement, à l’humiliation, afin de rayonner un jour avec gloire.

À présent, elle refuse de croire qu’il suffise de croquer une pomme sans permission et de désirer la science, désir des plus nobles, pour mériter d’être malmenée, soi et sa postérité, pendant la suite des siècles.

Telle est la marche des idées.

La vérité, une fois émise, suit son cours et mène presque toujours à des conséquences inattendues.

Le sexe masculin s’étant arbitrairement déclaré noble s’est constitué en aristocratie, et comme toutes les aristocraties, il s’est alloué des privilèges; il a confisqué la liberté à son profit.

Mais la liberté, « aspiration universelle », a glissé entre ses doigts ; elle est arrivée à tous les êtres sans distinction de sexe. De même que, dans l’ordre social, les classes subalternes ont attaqué et renversé les classes aristocratiques au nom de la justice, de même la femme vient à son tour réagir contre cette noblesse imaginaire créée par l’orgueil d’une moitié du genre humain.

Ce que les femmes veulent, c’est que les hommes cessent de baser leur grandeur sur l’amoindrissement systématique des femmes.

Ce que les femmes veulent, c’est de ne point être élevées, enseignées, façonnées suivant un type de convention ; type conçu dans la cervelle des poètes, des romanciers, des artistes, et par conséquent dépourvu de réalité.

Ce que les femmes veulent enfin, c’est qu’on renonce à cette distribution arbitraire, fictive, des facultés humaines, affirmant que l’homme représente la raison, la femme, le sentiment.

La vérité est qu’il n’y a point dans l’humanité d’être de pure raison, ni d’être de pur sentiment ; et toute la valeur de l’individu dépend de la réunion proportionnée de ces deux éléments. Les gens quasi impartiaux répliquent : « Nous ne disons pas que la femme soit privée de raison, nous nous contentons de mentionner chez elle la prédominance du sentiment ».

Prenez garde ! Si dans la femme le sentiment l’emporte sur la raison, il est illogique alors de lui assigner les plus grands devoirs moraux car l’accomplissement des devoirs naît de la suprématie de la raison sur le sentiment….

Pour résumer, l’accomplissement des devoirs n’est qu’une application de la justice et la justice n’est que le produit de la raison.

Donc, ce que les femmes veulent, c’est le développement de leur raison pour l’accomplissement de leurs devoirs et la possession légitime des leurs droits ; car tous les êtres raisonnables sont égaux, rien de plus logique.

Et d’ailleurs, en quoi le droit des femmes peut-il gêner le droit des hommes ? L’un n’annule pas l’autre, que je sache.

Le droit de tous ne peut contrarier que des privilèges ; et abolir les privilèges, c’est servir la justice, c’est moraliser, et par conséquent, progresser.

Discours prononcé par Maria DERAISMES  10 avril 1869

"Ce que veulent les femmes"

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Connaissez vous Maria DERAISMES ??? ....cette femme d'histoire devrait être connue de toutes les femmes... sa vie, ses combats, ses luttes, devraient être connues...

 

 

Sa biographie ici

oui aujourd'hui c'est la journée internationale des droits des femmes qui existe depuis le 8 mars 1910, c'est aussi la journée nationale de l'audition (!!), d'où la blague sexiste du jour "c'est parce que les femmes ont du mal à se faire entendre"...  

Je m'interroge sur le regard que poserait aujourd'hui Maria DERAISMES sur nous, elle qui a eu un courage incroyable à son époque pour faire avancer les choses, qui a obtenu la mixité dans des lieux obscurs où les femmes n'étaient pas admises, que penserait-elle de ces débats entre hommes sur la question de la mixité, que penserait-elle de l'inégalité des salaires à travail égal, que penserait-elle de ces partis politiques qui préfèrent payer des sommes énormes plutôt que de composer des listes à parité égale...

oui que dirait Maria Deraismes sur ce que veulent les femmes ??? 

 

 

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commentaires

sabi78 08/03/2012 23:20


Je pense aussi qu'elle serait bien déçu de voir ce qui se passe ... Si quelques petites choses ont changé, il reste encore un très long chemin à parcourir surtout dans certains pays !


Je ne connaissais pas cette personne, merci pour l'info.


Bises et douce nuit

Florence 08/03/2012 21:28


J'ai un peu peur qu'elle ne soit déçue par le peu d'avancement de la cause pour laquelle elle s'est battue. Mais ne nous laisson pas abattre et faisons en sorte que nos enfants comprennent bien
qu'homme ou femme nous sommes des HUMAINS. Bonne soirée. Bises.

passiflore 08/03/2012 21:03


Puisse ton message être entendu de par le monde!

Catherine 08/03/2012 18:09


Merci de nous faire connaître cette femme et des extraits de ses écrits. Savoir l'âge qu'ont ces phrases, et les trouver tout de même d'actualité, c'est consternant//


Bises

Marlène 08/03/2012 17:41


Je ne connaissais pas  cette dame, je me coucherai moins sotte ce soir. Bonne fin de journée.